ERIC PERON
L’anti routine !


À la pointe la plus occidentale du continent européen, en France, en Bretagne, plus encore, au pays bigouden, à une encablure de l’océan qui palpite, un carré de verdure. Sur ce carré, une jolie maison en bois, vraiment toute en bois. L’herbe y est rase, goulument tondue par un cheptel de moutons noirs de l’Ile d’Ouessant (au large de la Bretagne). Pas de vis-à-vis, l’œil se perd à l’horizon. L’endroit respire la quiétude, appelle à l’introspection. C’est là que vit Eric Peron, dans ce havre de paix qu’il s’est construit, façonné de ses propres mains. Enfin, quand il n’est pas en mer ! Cela pourrait être érigé comme un anachronisme pour un homme qui arpente les vagues depuis sa plus tendre enfance. Peut-être moins qu’il n’y parait !

Eric Peron

Eric Peron « … je suis originaire ce cette région, mes parents et grands parents y habitent. J’y ai fait mes études, j’y ai mes plus proches amis et je peux y pratiquer quasiment tout ce que j’aime ou rêve de faire. La navigation bien sûr, mais aussi le surf, le kite surf, la planche à voile… Je saute sur mon vélo, et hop, quelques minutes plus tard je suis à la plage. Aussi, peut-être un jour, irai-je galoper sur les chemins de traverse de cette partie de la Celtie, entre le granit et les ajoncs marins typiques de ces contrées. Je n’ai jamais fait de cheval, mais je ne suis pas plus bête qu’un autre. Je devrai y arriver. Et cela doit être un grand kiff que de gambader dans cette nature rugueuse mais tellement belle. Et mon chez moi y ressemble. Venez y partager un verre ou une tasse de thé sur la terrasse. Vous verrez, c’est cool... ».

Dans l’antre, pas de télévision mais une grande cheminée qui trône dans le salon, rivalisant avec la nature qui s’invite à travers les grandes baies vitrées. Eric consomme la vie et ne veut pas la subir. Bon, il y a quand même internet, indispensable pour rester en contact avec la planète terre.

Eric Peron : « … Les réseaux sociaux, ce sont un peu mon journal à moi. Zapper sur les chaines de TV, j’ai l’impression de perdre mon temps. Je ne suis pas sûr de tout bien comprendre. Et les exactions de l’homme provoquent plus chez moi un goût amer que de l’intérêt. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas au courant de l’actualité… ».

Une conscience du monde qu’Eric s’est construite à travers ses voyages à forte coloration maritimes certes, ou pas très éloigné. A 20 ans, il allait en vacances aux USA, en Californie. Un ami de la famille y était « shaper » (modeleur) de planches de surf. Une découverte d’un autre monde où il y a entre autre rencontré un célèbre fabricant de voiles américain (Dave Ullman). Il y passera plus tard quelques semaines à apprendre le design des voiles, métier qu’il exercera un temps.

Mais c’est sans conteste l’eau salée, puis l’eau tout court qui ont le plus mobilisé son attention au gré de ses pérégrinations ; et ce que les hommes font pour la protéger.

Eric Peron : « … peut-être plus que l’énergie, l’eau va être la bataille de notre 21siècle. Il y a des endroits dans le monde où ce n’est plus cette onde limpide source de vie, mais un maelstrom nauséabond et visqueux, par la faute de l’homme. On n’a pas le droit de ne rien faire… ».

Alors Eric bouge. Proche de nombreuses associations ou fondations dédiées à la protection de l’eau, il y intervient régulièrement, travaillant ici à la réalisation de cahiers pédagogiques pour les scolaires, là en participant à des événements comme Mer & Montagne où se côtoient une élite de grands sportifs engagés dans des actions environnementales. Et il ne manque pas d’en porter les couleurs sur les voiliers qu’il arme à la course. Une action militante en adéquation avec sa sensibilité à la communauté Shamengo/Inspire your life, des pionniers de l’utilisation responsable de nos ressources.

Une éthique, une philosophie de vie qu’Eric Peron concilie avec ferveur avec le sport, son sport, la voile, élevée au niveau d’un dogme.

 

Oser !

Après un cursus classique en voile sportive sur dériveur en parallèle d’études en faculté – avec quand même deux préparations olympiques – Eric va découvrir la course au large en se lançant quasiment sans expérience dans une sélection très drastique à bord de voiliers tous identiques (monotypes) pour participer à des courses en solitaire. Il va y briller, se faire remarquer ; prendre aussi confiance en lui. Et comprendre assez vite que dans cette discipline, il y avait un juste équilibre entre le cérébral et le physique ; avec l’aventure en plus. Suffisant pour mobiliser le Breton qui va enchainer dans la décade à suivre près de 10 traversées de l’océan Atlantique en course et participer à 5 reprises à la plus exigeante des épreuves en solo, la Solitaire du Figaro entre France, Espagne, Irlande et Angleterre. Sans compter ses nombreuses autres navigations sur grands monocoques et multicoques.

L’expérience engrangée, il n’a pas oublié qu’à dix ans, un calendrier à l’effigie du Vendée Globe – course autour du monde à la voile en solitaire et sans escale – avait mobilisé son âme d’enfant et fomenté le rêve ! À 34 ans aujourd’hui, il se sent prêt à y aller et a, pour ce faire, monté un Club d’Entreprises pour financer le projet. Il venait de l’annoncer quand sa boite mail a crépité. Charles Caudrelier, skipper de Dongfeng, le quémandait pour embarquer sur la Volvo Ocean Race 2014/2015, un tour du monde aussi, mais en équipage et avec étapes. Et qu’il faudrait passer par une sélection !

Eric Peron : « … Je connaissais Charles pour l’avoir eu comme concurrent sur des courses ou partagé des séances de musculation. J’avais déjà refusé quelques autres propositions d’embarquement pour me concentrer sur mon projet Vendée Globe avec pour première épreuve d’entraînement la Route du Rhum en solitaire en novembre 2014. Mais là, c’était de l’inattendu. J’avoue que j’ai été très flatté par cette proposition. D’abord, parce que c’était une certaine reconnaissance, puis c’est une opportunité fabuleuse de naviguer sur un bateau multiculturel et d’aller découvrir des mers que je ne connais pas. Aussi, les bateaux de cette Volvo Ocean Race sont très demandeurs, très physiques. Il y a de l’action et j’aime ca. Je pense que je suis d’abord un sportif avant d’être compétiteur voile. Enfin, dans les courses en équipage, il y a une dimension de partage unique….« .

D’ici 2020, ce sont un, deux voire trois tours du monde à la voile et en course qu’Eric devrait enchaîner ; dont le premier qui a démarré en septembre 2014 (Volvo Ocean Race à bord de Dongfeng).

Eric Peron  » … la Volvo Ocean Race, c’est une épreuve géniale qui reste une aventure parmi les aventures. A part l’Espagne et les USA, toutes les autres escales auront été une découverte….« .

Horizon demain

A la lecture de ces lignes, on pourrait penser que les coureurs du large comme Eric ne pensent que voile, encore voile et toujours voile. Certes, celle-ci occupe beaucoup de leurs pensées puisqu’elle régit leur existence, s’apparente à un vrai style de vie. Mais quand on les interroge sur ce qui les fait vibrer en dehors, la surprise est parfois au rendez-vous. Eric, on l’aura compris, est un amoureux de la nature. Alors pas illogique que dans ses aspirations profondes – en contrepoint de la vie trépidante des courses et de leurs paillettes – il imagine, un jour, aller se poser sur une petite île en Norvège, dans une cabane en bois, avec un ou une intime. Ce pour jouir de la beauté environnante, des fjords et de leurs abrupts rocheux, l’incomparable lumière qui les entourent ; aller pêcher avec un esquif local, et partager cet instant en suspension. Ou encore monter une expédition en montagne – autre univers qu’il chérit – dans le grand sud. Aussi, aller surfer une grosse vague sur un spot dans le Pacifique. Enfin, quand l’occasion de présentera, fonder une famille, pour être totalement heureux, encore partager et transmettre.

March 23, 2015. Leg 5 to Itajai onboard Dongfeng Race Team. Day 5. Martin Stromberg, Eric Peron and Liu Xue 'Black' on watch with Southern Ocean waves in the background.
23 mars 2015. Leg 5 direction Itajai à bord de Dongfeng Race Team. Jour 5. Martin Strömberg, Eric Peron dans les mers du sud.
© Yann Riou/Dongfeng Race Team