DESTINATION AUCKLAND ! Dongfeng sans partage !

DESTINATION AUCKLAND ! Dongfeng sans partage !

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Partis hier, dimanche 8 février, de Sanya en Chine en direction d’Auckland en Nouvelle Zélande pour la 4e étape de la Volvo Ocean Race, les Dongfeng boys ont régné en maîtres « à la maison ». Vainqueurs de l’étape précédente (Abu Dhabi/Sanya), leader du classement général, vainqueurs de l’In-Port Race sur zone samedi dernier et dominateurs sur le parcours côtier de départ hier, à l’heure de ces lignes, ils sont en tête de l’étape en cours !

Indiscutablement, cette performance du bateau sino-français fait couler beaucoup d’encre… de Chine ! Et quelle que soit la suite, ils auront marqué d’une emprunte indélébile cette édition. Tous s’interrogent sur cette suprématie inattendue, alors que le premier objectif était de former les Chinois à la course au large. On parle de « French Passion » ou de « French Touch », très marquée par cet équipage où l’expérience vient de la pratique du solitaire sur le circuit de la série des voiliers Figaro en Europe. Eric Peron en provient, avec nombre d’années passées sur ce support et de nombreux podiums.

Pour l’heure, c’est direction le détroit de Luçon, passage animé aux très fortes marées entre la mer de Chine méridionale et la mer des Philippines, avec l’Ile de Taiwan au Nord. Nous avons eu Eric à quelques heures d’embarquer. Le live ci-dessous.

Que ressens-tu à l’aube de partir une nouvelle fois sur une mer, des lieux et une destination complètement inconnus ?

C’est probablement l’une des étapes les plus dures de la Volvo Ocean Race. Surtout que l’on va commencer avec du vent fort à assez fort dans le nez. C’est d’ailleurs la première fois que l’on va avoir autant de vents contraires à aborder depuis le départ de la course. On nous annonce 25 à 30 nœuds (46 à 55km/h) et de la mer (3 à 4 m de creux). Cela risque d’être très « chaud », avec beaucoup d’engagement physique et des risques de casse.
Quant au parcours, une nouvelle fois, je vais naviguer dans des contrées que je ne connais pas comme la Mer de Chine. En fait, on est en course, on sait où l’on va avec accès permanent à la cartographie et à la position de nos concurrents : on est toujours entre le réel et le virtuel, entre le bleu de la mer et le foncé de la terre (quand elle est visible). C’est là que l’on ressent le voyage. J’espère qu’on aura de bons moments au passage des Philippines et des Iles Salomon.

Vous repartez avec un équipage très modifié. Comment ressens-tu cela ?
En fait, ce n’est pas une si grosse modification que cela. Horace et Wolf, nos deux Chinois de cette étape, était déjà à bord lors de la 1re et de la 2e étape pour Horace. Et Martin Strömberg, notre Suédois, n’a été absent que sur la 3e. Le véritable changement, c’est le remplacement  de Pascal Bidégorry  au poste de navigateur par Erwan Israel*. C’est comme au foot et la feuille de match. On a des ressources humaines qui sont utilisées en fonction des moments stratégiques du jeu. On n’en est qu’à la 4e étape. Après Auckland, c’est le passage du Cap Horn. Il nous faudra des forces vives. 
Physiquement, moralement, dans quel état te sens-tu pour cette 4e étape ?
Physiquement ça va, même si je n’arrive pas à dormir autant que je le voudrai. Entre les sollicitations ou obligations de l’escale et mes engagements personnels comme le Be One Team, je suis assez occupé. Par exemple, tout de suite, on vient de finir l’In-Port qu’on a gagnée, je suis plein de champagne et j’aimerai n’avoir qu’à me consacrer à moi et me coucher tôt. Mes sacs ne sont pas encore faits. Je stresse un peu. Mais demain matin, aller hop ! Et une fois à bord, tout sera oublié.
Escale de Sanya, quel aura été ton souvenir le plus marquant ?
Sans hésiter, le choc des cultures. D’abord parce que c’est très difficile de communiquer. Le Chinois n’a pas les mêmes racines que le Français ou l’Anglais, inutile de le dire. Et ici, on ne parle pas anglais (ou très peu). Donc les échanges sont limités. Avec cette escale assez courte, je n’ai pas pu beaucoup bouger des alentours de la marina de Sanya. C’est une cité balnéaire agréable à vivre : on est sous les tropiques. Les paysages sont beaux et on peut y faire du surf, je ne me suis pas fait prier. Mais de ce que j’ai pu voir ou entrevoir des traditions et des religions, j’ai trouvé cela sympa. Un truc que j’ai aimé aussi, c’est de rentrer de la marina à l’hôtel à bord d’un Tuk-Tuk à moteur, un espèce de moto avec à côté un cadre métallique bricolé et une planche, comme un side-car : roots !
Autre choc, la nourriture ! On ne sait pas ce que l’on mange. Seuls nos yeux servent à la prime approche, après…
Faire partie de l’équipage leader de la course, comment le vis-tu ?
C’est agréable, mais on sait que la course est encore très longue, avec de très gros morceaux. Nous avons eu un brief là-dessus et nos managers n’ont pas manqué de nous rappeler que le bateau espagnol Telefonica, qui était leader lors de la dernière édition après 4 étapes, s’est écroulé ensuite. Nous restons donc très concentrés. Je sais que je vis quelque chose d’exceptionnel. J’avais déjà tenté de participer à cette épreuve il y a quelques années. J’avais fait des tests avec les Russes et avait postulé sur le bateau ABN Amro, mais je n’avais pas été retenu. Je ne m’étais pas formalisé. Quand je vois que Pascal Bidegorry embarque à 46 ans, je me disais que j’avais le temps. J’ai appris que la sélection pour Dongfeng s’était faite sur plus de 600 candidatures, je mesure d’autant plus !

Tu occupes toujours la même place à bord ?

Oui, je suis toujours barreur, régleur/performeur et N°1. En fait, nous sommes organisés par équipe fixe de 3 qui se relayent (sauf manœuvres) toutes les 4 heures. Quand j’arrive sur le pont, je commence par me mettre pendant une heure aux moulins à café (action purement physique sur les treuils) pour travailler sur les cordages de réglages des voiles. Le temps de bien se réveiller et de s’imprégner de la situation. Après, j’embraye avec une heure de réglages des voiles et je termine par une heure et demi de barre. Et quand il y a par exemple changement de voile à l’avant, je prends la position de N°1. Pour cette étape, je vais être de quart avec Charles (Caudrelier, le skipper).
* Erwan Israël était à bord de Groupama avec Charles Caudrelier lors de leur victoire sur la dernière édition en 2012. Il a lui aussi, entre autres, l’expérience de la classe « Figaro ».

Volvo Ocean Race 2014-2015 | Leg 3 Abu Dhabi - SanyaRepères

4e Etape : Sanya (CHI)/ Auckland (NZ)

Distance à parcourir : 5264 milles (9749km)

Départ : dimanche 8 août 2016 06h00 GMT (07h00 françaises)

Arrivée : +/- 24 jours de mer, soit aux alentours du 4 mars

 

 © : A. Sanchez/Volvo Ocean Race